VINCENT BENGOLD
Blanche Aubrac / Terre promise
2019

On ne rencontre pas l’Aubrac par hasard. Les routes que nous empruntons habituellement ne nous mènent pas jusqu’ici. Il faut faire un détour. Ce paysage n’est pas un décor, une composition, une fiction. Il est un sentiment soudé par le réel, une chose vue et vécue, un lien indéfectible entre soi et l’environnement. Il ne peut laisser indifférent celui qui l’accueille en lui, sollicitant à coup sûr sa rêverie. L’Aubrac se déploie dans un dépouillement lunaire balayé par les vents, sublimé par le regard. Au cœur des régions volcaniques du Massif Central, ce vaste espace étendu sur trois départements (Aveyron, Cantal et Lozère) et deux régions (Auvergne-Rhône-Alpes et Occitanie) ne se laisse pas enfermer par nos bizarreries administratives. Il forme une espèce de bout-du-monde dénudé et suspendu, une haute terre à la chevelure rebelle qui appelle au renoncement. Lorsqu’on s’élève vers le calme lointain de ces montagnes, au bout du chemin, l’altitude se mue en élévation spirituelle. La terre, renforcée par le ciel, offre une sensation à la fois d’espace infini et de retour sur soi, comme si l’ampleur déployée devant soi provoquait irrésistiblement l’isolement, le ressourcement.